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LA
PREMIERE GREFFE MONDIALE DU VISAGE
Il est étonnant de voir la fascination que
la chirurgie esthétique exerce sur les médias et vraisemblablement
sur le grand public en général. La première
greffe partielle de visage humain a déclenché des
polémiques absurdes et disproportionnées si lon
en juge par les interrogations beaucoup moins montées en
épingle de la bio-éthique. Il est vrai que tout ce
qui a trait au visage nous touche tous directement, beaucoup plus
sans doute que les conséquences immédiates des manipulations
génétiques. Ces dernières ont trait au futur
dans lequel les êtres humains ont en général
dautant plus de mal à se projeter quils en ont
peur. La chirurgie plastique est le remède à cette
peur du futur dont le dénominateur commun pour tous est la
mort. La peur de mourir se projette dans le vieillissement. La chirurgie
esthétique permet de rajeunir son apparence et donc de se
donner lillusion que le péril de mourir a été
repoussé. Paraître plus jeune a aussi bien dautres
avantages, notamment celui de pouvoir encore séduire les
autres tout en se donnant une meilleure image de soi-même,
ce qui est extrêmement important en matière dauto-estime.
La controverse entre partisans et détracteurs de la chirurgie
esthétique est de toute façon stérile. On ne
peut plus sopposer à ce qui constitue un phénomène
de société. La démarche la plus sage est de
laccompagner en prévenant des dangers et des avantages
éventuels afin que ceux qui décident davoir
recours à ces stratagèmes puissent le faire dans les
meilleures conditions possibles.
Cest
le but que Paolo Morselli et moi-même nous sommes fixés
lorsque nous avons écrit notre livre "Mieux
dans sa peau" publié aux Editions Quintessences.
Ce livre aurait pu sintituler "Chirurgie plastique et
Morphopsychologie", tant notre discipline est utile dans lappréhension
des patients et dans celle de létude du visage nouveau
qui leur est proposé. Mais pour aller plus loin dans la réflexion
sur la première greffe partielle de visage humain réalisée
en France et dont on ne peut que saluer la prouesse chirurgicale
quelle représente, il convient de rappeler certaines
définitions de base.
La chirurgie plastique a pour objectif la restauration
des formes endommagées ou détruites. Le terme chirurgie
plastique dérive du grec plastikos, adjectif tiré
dun verbe signifiant forger, modeler. La chirurgie plastique
se divise en deux branches traitant lune de laspect
fonctionnel et lautre de laspect esthétique.
Elle se soucie du rétablissement des formes mises à
mal ou corrompues, se prêtant à lamélioration
de lapparence. Elle tend vers un canon idéal de parfait
équilibre. Cette définition peut servir de support
à des réflexions poussées englobant laspect
philosophique du Beau. Nous nous bornerons dans ce développement
à ce qui touche directement à la polémique
sur la greffe.
LUTILITE
DE LA CHIRURGIE PLASTIQUE FONCTIONNELLE
La chirurgie
fonctionnelle a une utilité indéniable, celle de réparer
des formes totalement mises à mal. Les progrès vraiment
significatifs de cette discipline datent de la guerre de 14-18,
comme conséquence dautres progrès - si lon
peut peut parler ainsi - touchant aux armes nouvelles de lépoque
permettant de détruire en masse sans tuer. Résultat:
un nombre considérable de soldats étaient revenus
du front avec à la place du visage un trou béant.
Plus de nez, de bouche, de joues, plus rien que des yeux émergeant
dun amas difforme de chairs: une vision absolument insoutenable.
On appelait "gueules cassées", ces effroyables
victimes dun génocide abominable. A leur retour, leurs
proches se détournaient deux, incapables de soutenir
cette vision de lindicible. Il fallait faire quelque chose
pour ces pauvres bougres. Cest ainsi que la chirurgie fonctionnelle
cranio-faciale se mit à faire des pas de géant, le
but étant daméliorer laspect esthétique
de ces hommes sans visages. On voit bien dans cet exemple à
quel point laspect fonctionnel consistant à réparer
les structures et laspect esthétique destiné
à améliorer les formes sont intimement liés.
Il ne viendrait à personne ici de mettre en doute lutilité
de ce genre de pratique appliqué à ce type de cas.
Même chose pour les grands brûlés et toutes les
formes de mutilation graves du visage et du corps. Pourquoi? Parce
que tout le monde peut ressentir lhorreur de ces situations.
Lorsque nous sommes en face de ce genre de personnes, nous sommes
gênés pour elles. Lêtre humain a un mal
fou à accepter les différences et ce dès les
premières années de vie où les enfants sont
dune terrible cruauté envers ceux dentre eux
souffrant de handicaps physiques. Il est a contrario extrêmement
douloureux daffronter le regard des autres lorsquil
est malveillant. Des blessures cruelles se font jour qui marqueront
le reste de lexistence. Quasimodo dans la littérature
est un bon exemple de la lourdeur du poids de la difformité.
Dans des cas pareils, la chirurgie plastique représente un
gain extraordinaire dauto-estime (aspect intérieur)
et de qualité de vie (aspect extérieur). Il ny
a pas le moindre doute. Il nous semble que nous pouvons faire entrer
dans ce cadre le cas de cette femme défigurée par
les morsures dun chien. Ne plus être belle quand on
la été est souvent difficile à accepter
lorsque la cause est lusure du temps. Ca lest encore
plus à la suite dun accident imprévisible. Le
succès psychologique nest pas garanti si la personne
se considère encore après lopération
comme moins belle quavant. Le regret de ce quelle a
été peut lempêcher daccepter son
nouveau visage. Si celui-ci est esthétiquement assimilé,
lintégration se fera beaucoup plus facilement bien
sûr. La première étape dans la guérison
réside dans le lâcher prise par rapport à laccident
et dans lacceptation du nouveau visage. Plus le visage a été
gravement défiguré, plus on peut espérer que
la patiente sera contente du progrès réalisé
et va intégrer son nouvel aspect. Une des clés essentielles
de la réussite dune chirurgie est lacceptation
du nouveau visage. Rien ne peut garantir a priori que cette acceptation
se fera bien. Cest ici que la préparation psychologique
du patient est fondamentale. Dans la chirurgie esthétique
ayant pour but exclusif lamélioration de lapparence
physique, les risques de non acceptation sont plus grands dans les
cas où le visage avant intervention répond à
des normes de beauté convenables. Ici, il convient de sinterroger
sur les causes plus ou moins inconscientes ayant déterminé
la décision de recourir à une opération. Ce
thème est abondamment traité dans notre livre.
EXEMPLES
DE SOLUTIONS EXTERIEURES ET INTERIEURES
Je vais simplement donner deux exemples qui parleront
plus que de longs développements théoriques. Le premier
cas est celui dune patiente que jai eue il y a une quinzaine
dannées. Très jolie femme, elle sétait
retrouvée à la suite dun accouchement avec un
strabisme divergent impressionnant. Une relation très difficile
sétait installée avec ce fils coupable davoir
infligé à sa mère une punition aussi terrible.
Bien sûr ces mécanismes étaient inconscients,
cest à dire quelle rejetait quil pouvait
y avoir un lien entre la difficulté à la naissance
et la relation ultérieure difficile. Son fils avait alors
seize ans et la violence de la relation atteignait des sommets alors
quelle sentendait très bien avec une fille plus
grande. Javais à lépoque énormément
insisté pour quelle se fasse opérer, ce quelle
finit par faire non sans avoir particulièrement résisté.
Une fois retrouvé son regard de jeunesse, elle changea aussi
celui quelle portait sur son fils.
Un deuxième cas très différent
est celui dun adolescent que ses parents mavaient envoyé
pour une orientation scolaire. Il avait des traits fins et harmonieux,
mais un hémiface de son visage était couvert par une
énorme tache de vin. Lorsque je lui demandai comment il avait
vécu cette caractéristique physique, il éclata
en sanglots me disant que sa vie avait été un enfer
tant les autres sétaient moqués de lui depuis
son enfance. Dans la conversation il comprit quil sétait
vengé sur sa súur de deux ans plus jeune en la dévalorisant
complètement. Il répara lattitude envers spontanément.
Je le vis à plusieurs reprises. Lavant dernière
fois, je lui dis quil avait le choix entre se faire enlever
langiome ou assumer cette caractéristique physique.
Je le vis une dernière fois en consultation et là
il mannonça quaprès mûre réflexion,
il se sentait maintenant complètement prêt à
sassumer tel quil était et quelques années
plus tard, après de brillantes études et une vie amoureuse
harmonieuse, il avait persisté dans cette voie. Dans ce cas,
le travail psychologique avait permis lintégration
de lapparence. Le travail intérieur avait évité
la transformation extérieure. En cas de difficulté,
il est possible dagir intérieurement par un travail
psychologique ou extérieurement par des artifices allant
du maquillage à la chirurgie esthétique. Un individu
à dominante de secondarité choisira plutôt une
démarche intérieure alors quun autre à
dominante primaire préfèrera la chirurgie. La morphopsychologie
permet dappréhender ces tendances opposées.
Un entretien bien mené aura pour but dharmoniser les
deux points de vue pour que le choix soit dicté par la lucidité
consciente.
LES
METAMORPHOSES RADICALES
Un sujet fascinant
est celui des métamorphoses radicales, celles où le
sujet change complètement de visage de son propre chef. Qui
est-il alors? Lenfant au premier visage ou ladulte au
visage neuf? Comment voit-il létranger à son
passé quil comtemple dans le miroir? Une infinité
de réponses là aussi sont possibles de la dissociation
psychologique la plus poussée à lintégration
la plus réussie. Ce sujet me fascinant au plus au point depuis
longtemps mavait amené à écrire deux
articles dans cette revue sur le cas de Michaël
Jackson.
Le docteur Corman était lui aussi fasciné par les
êtres dexception dont il a tant appris. Lexceptionnalité
dans lúuvre implique en général des éléments
dexceptionnalité dans le psychisme. Les grands hommes
peuvent paraître souvent habités par des conflits intérieurs
brûlants dont ils tirent une úuvre maîtresse. Ces conflits
existent en chaque être humain.
Quand extériorité et intériorité saffrontent
sur un ring sans vainqueur en épuisant lunique protagoniste
du combat, le recours à la chirurgie esthétique peut
être la solution extérieure au conflit intérieur
tout autant que la solution intérieure à une problématique
dimage extérieure. Mais rien ne garantit absolument
cette intégration dun nouveau visage. Cette intégration
relève exclusivement dune mystérieuse alchimie
dont le seul maître est le sujet lui-même. Comment cette
femme ayant bénéficié dune greffe du
visage va réagir? Il ny a dautre réponse
possible que celle quelle va décider de donner. Cest
elle et elle seule qui a les clés de son acceptation. Mais
gageons que pour accepter de faire lobjet dune première
mondiale, il lui fallait une motivation considérable, et
cette motivation hors du commun est le gage premier dun diagnostic
optimiste.

Jan
Spinetta (22/12/2005)
www.acspy.com
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