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Ce
complexe ne tire pas son nom de la mythologie, mais du film de Walt
Disney inspiré par le conte de Sir James M. Barrie, publié
en 1904.
Nous nous appuierons sur le film de Walt Disney pour comprendre
le complexe de l'enfant Peter Pan et nous utiliserons le film de
Spielberg: Captain Hook qui prolonge le mythe de l'âge adulte.
Dans le
film de Walt Disney, Peter Pan est un jeu garçon qui
refuse de grandir car il préfère rester dans le monde
merveilleux de l'imaginaire. Quelle joie de voir le monde obéir
à ses fantasmes, mais dans ce monde onirique, quelle terreur
car l'ennemi est toujours présent, sous la forme du Capitaine
Crochet qui représente l'adulte coupé de son coeur
d'enfant et donc, incapable de suppporter l'intrusion de ce dernier
dans sa vie. En cela, le film est bien révélateur
de la profonde dualité engendrée par ce complexe:
l'enfant et l'adulte sont séparés par un fossé
infranchissable. Alors que Peter Pan représente l'emprisonnement
dans l'éternel présent, Capitaine Crochet lui,
est tellement coupé de ce présent qu'il est devenu
l'esclave de son angoisse du temps qui passe, traduite par
sa haine des horloges qu'il renvoie au cimetière des réveils.
Capitaine Crochet est donc une figure saturnienne, représentant
le complexe du temps entravant l'accès à la joie du
présent.
Le mental nous permet, en effet, de comprendre les expériences
du passé et de prévoir le futur, mais il peut également
nous culpabiliser face au passé et nous inquiéter
devant le futur. Saturne est l'adulte prisonnier de son mental,
coupé de l'enfant en lui; il devient incapable de vivre le
présent dans la joie.
Saturne-Cronos est en effet souvent confondu avec Chronos,
le temps, dont il est devenu la personnification. Il joue en fait
le même rôle, il dévore autant qu'il engendre,
il tarit les sources de vie en mutilant son père Ouranos
et se fait source de vie en fécondant son épouse Rhéa.
A l'inverse, Peter Pan, complètement immergé dans
le présent, ne peut rien construire dans le temps. Sa vie
est un jeu permanent qui l'amène à répéter,
de façon stéréotypée, toujours les mêmes
gestes, signant davantage des satisfactions imaginaires que des
satisfactions réelles.
En référence à la mythologie, Peter
Pan serait l'enfant de Mercure, le dieu aux sandales ailées,
dieu de la communication gouvernant probablement nos réseaux
numérisés, fondés sur des contacts multiples
et des déplacements incessants, et de la Lune, déesse
de la maternité dont le culte est dérivé de
celui de la Grande Mère et qui témoigne de la part
d'âme animale où domine la vie archaïque, végétative
et autistique de la psyché.
Les types mythologiques représentent des types jalons dans
l'univers de notre inconscient, de notre sensibilité profonde,
fondée sur l'identification. Ils nous parlent de nos conflits.
Le syndrome de Peter Pan semble frapper la jeunesse de notre
époque dont le refus de grandir prend souvent sa source dans
la peur du futur. La cause principale nous paraît résider
dans l'abandon ressenti par l'enfant envoyé à la crèche,
lorsque, dans les premières années de sa vie, il est
séparé d'un foyer animé par la chaleur de la
mère ou grand-mère d'antan.
L'enfant alors n'a plus pour modèle d'identification un adulte
repère, mais d'autres enfants avec lesquels il partage un
univers imaginaire, coupé du monde des adultes.
Ajoutons cette révolution constituée par l'envahissement
des écrans et du multi médias qui fait vivre l'enfant,
puis l'adolescent, dans un monde virtuel. "La porte du paradis",
sur Internet, offre une carte d'embarcation pour le grand voyage
vers d'autres planètes, laissant sous-entendre que le nôtre
est sur le point de s'anéantir. Ce type de jeu multiplie
ainsi le risque d'épidémie de conduite à risque,
à l'aube de l'an 2000. L'adolescent est alors rendu passif
à un âge où il a un besoin actif de confrontation
au réel.
Refus du monde des adultes, passivité et fuite dans l'imaginaire
nous semblent donc être les trois facteurs révélateurs
du syndrome de Peter Pan.
Si nous envisageons la question sous l'angle des complexes parentaux,
Peter Pan souffre d'un complexe mère qui serait irrégulièrement
trop ou pas assez présente et donc génératrice
de déséquilibre. La mère manifesterait une
présence manquant de continuité, elle ne répondrait
pas aux aspirations de l'enfant, entraînant ainsi l'hypertrophie
de son imaginaire.
Il souffre également d'une impossibilité d'identification
du père, vécue comme menaçant son confort
narcissique et traduite par la présence menaçante
du Capitaine Crochet.
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